FAMILLE : JUGEMENT, LIBERTE,JALOUSIE,MON PARCOURS (2)

Famille et  ses jugements:

 

Du recul sur des histoires d’amour douloureuses;

Du recul sur la famille pour échapper à la jalousie, la rumeur, le jugement!!

Mon parcours:En 1994  je décide de partir à l’aventure pour faire de la cuisine;

Je voulais absolument aller dans un lieu touristique;

En effet, pour avoir aidé une amie restauratrice en ville, je ne voulais pas d’une clientèle, stressée, agressive, râleuse!!!!

J’avais servi des commerciaux pressés comme des citrons par la grande distribution, des professions libérales toujours en mal de chiffre d’affaires, avec des dossiers compliqués, etc….Et je ne voulais plus écouter leurs jérémiades à longueur de service.

Et je commence à chercher, pas n’importe où…Sur le Minitel; hé oui….C’était une autre époque, le Minitel; Canal+ avait une émission qui proposait les affaires à reprendre en campagne.

L’été 1993, je pars en camping avec mon fils et sa petite amie (qui est aujourd’hui sa femme avec en plus 2 superbes petits-enfants) en Lozère;

Nous cherchons…Pas grand-chose!

Pour les vacances de Toussaint, je loue un gîte en Ardèche et j’y pars avec mes parents…Faute d’avoir un compagnon, j’emmène Papa et Maman pour avoir un avis extérieur!!!!

Entre la cueillette des châtaignes, des kiwis, et des champignons, je visite des villages typiques en espérant trouver mon bonheur.

L’Ardèche: les routes qui n’en finissent pas, la sensation que je vais atterrir nulle part; la montagne, les tournants défilent mais que c’est beau;

Nous arrivons dans un petit village, son église, sa fontaine, son épicerie, ses 19 habitants à l’année et des bâtiments tout neufs;
C’était un vendredi; nous visitons le village aiguisés par la curiosité, nous posant 1000 questions sur ces bâtiments, l’absence de restaurant;

Nous allons à la pêche aux renseignements à la mairie, très bien accueillis par la secrétaire qui nous explique que les thermes sont en fonctionnement depuis peu et qu’il y a un projet de restauration .

Je veux bien rencontrer le directeur des Thermes mais nous devons attendre lundi 10 heures…Qu’à cela ne tienne, nous attendons!!!

Le lundi j’apprends que l’idée d’un projet de restaurant est en gestation mais rien de concret car de postulant sur place; J’expose mon idée et je dois rédiger un projet.

Pas de problème…

Le temps passe et en Mai 1994 je reçois un appel de Monsieur le Président de La Chaîne Thermale qui veut me rencontrer.

15 jours plus tard il m’accueille dans ses bureaux, Avenue de l’Opéra à Paris.

Je suis reçue très chaleureusement   par ce grand Monsieur, Directeur d’une prestigieuse chaîne de stations thermales. Je suis très impressionnée, il est entouré de ses avocat et comptable. Je suis toute timide, moi la podologue qui doit défendre un dossier de création et gestion de restaurant alors que je n’ai aucun diplôme dans ce domaine;

Pour tout « diplôme » je n’ai que ma passion mais ça marche. Je dois être convaincante!

Je rentre, j’attends; je continue à « faire » la Podologue et un jour le téléphone sonne avec une réponse positive: « Préparez-vous pour démarrer la prochaine saison en Avril ».

Allons-y; Je dois louer ma maison pour ne pas la vendre en catastrophe; Je trouve de suite un locataire avec toutes les garanties utiles et je m’installe en location dans un petit appartement en attendant le moment de l’aventure!

Le temps que tout se mette en place: cuisine,  salle de restaurant,  salon et la cheminée et je m’y installe en mars 1995 pour le démarrage de la saison.

1995-1996 :

La Cure thermale et son restaurant:

Le restaurant s’adresse aux curistes, aux touristes mais aussi aux ouvriers qui sont en permanence sur le chantier puisque la construction n’est pas achevée.

Il y a une salle immense pour le salon de thé et les animations organisées soit par les Thermes soit par Charlotte (moi); La saison sera longue: 7 mois!

Malgré la pression des curistes, ça me plaît, je m’éclate en cuisine.

J’embauche une cuisinière pour me seconder car je veux être au contact des clients; c’est impératif avec une clientèle de curistes présente pendant 3 semaines.

Au moment du service je revêt mes habits de  ville, la cuisinière envoie les assiettes et je sers mes curistes.

Ah les curistes, les femmes surtout;

Les « mamans » qui décident de ce qui est bon pour leurs maris, les « mamans » qui prétendent tout connaître de la cuisine, qui n’ont pas compris que d’un nom de recette on peut établir des dizaines de variantes, qui critiquent surtout ce qu’elles ne réussissent pas (dixit leurs maris en cachette), qui « roumèguent » (comme on dit là-bas) quand leurs maris font des compliments à la cuisinière ou à la serveuse;

Celles qui s’ennuient car 3 semaines dans un village de 19 habitants quand on ne sait vivre qu’en ville, c’est long;

Celles qui font des scènes de jalousie quand leurs maris viennent au bar en cachette.

C’est ma première expérience  de restaurant en dehors d’aider mes amis.

L’après-midi, les jours sans commissions que je fais à 1h30 de route entre les 2 services, c’est le salon de thé avec mes pâtisseries, la belote, le billard, la papote, la vente de quelques souvenirs. Nous échangeons, partageons.

Les courses…Là est le problème quand on gère un restaurant dans un village de 19 habitants. Il y a bien une petite épicerie mais pour les curistes avec des petits formats, rien pour 30 à 50 couverts!

Alors je dois aller loin et c’est toute la difficulté quand le restaurant est ouvert 7 jours sur 7 du petit-déjeuner au dîner!!!

Je reçois à midi des ouvriers seuls ou avec leurs patrons; Autre clientèle…Eux, ils sont toujours contents et souriants…C’est une bouffée d’oxygène!

Le week-end ce sont les touristes qui « améliorent » le quotidien du relationnel et qui permettent,aussi, de s’éclater avec une cuisine un peu plus élaborée que le menu du jour des curistes….

Encore que….Faire à manger aux curistes qui sont là pendant 21 jours ce n’est pas une sinécure: il faut varier, il y a les régimes, les goûts, les recettes, les musulmans qui ne mangent pas de porc!!!!

Comme je vis dans un village plus civilisé à 8km de la cure, je prends au passage les journaux, les médicaments pour les curistes qui n’ont pas de voiture!

Mon équipe et moi, nous nous interrogeons souvent sur le comportement râleur, très désagréable de certains curistes   mais je suis rassurée par les kinés, le doc  et tout le personnel des thermes; je comprends vite qu’ils râlent chez moi mais aussi à la cure.

Les curistes râleurs:

– La petite serveuse est attaquée, de bon matin: « Le café n’est pas assez chaud »; Qu’à cela ne tienne madame, puis: « Le café est trop chaud » pour finir par « Le café est trop fort »…J’arrive avec mes journaux et je trouve la serveuse en larmes car il y a 30 curistes et que chacun est mal réveillé. oh ce n’est pas grave: ils ont mal dormi, les rhumatismes les chatouillent, ils s’ennuient!!!

– « Voyons Charlotte ce n’est pas de la ratatouille? Moi je mets plus de tomates, moins de poivrons, pas de….etc.. » …. Charlotte  fait sa ratatouille comme elle veut, non mais!!!

– « Mais on ne met pas de râpé dans la tarte au fromage…. » Charlotte met, entre autre, du râpé sur la tarte au fromage pour qu’elle soit dorée!!!
– « Je n’aime pas les oeufs, je mange sans sel ou sans sucre ou…ou….chacun y va de son interdit ». C’est normal nous sommes commerçants au service du client sauf que, souvent les clients oublient de nous considérer  comme des êtres humains.
– Une ancienne restauratrice est là pour 3 semaines, 3 semaines de bonheur… Je plaisante, vous allez voir!!!

Les curistes s’apprécient dans les piscines et se regroupent à table, sauf cette dame qui passe son temps à râler à la cure, donc, elle mange seule. Elle ne boit pas de vin mais elle a une bouteille sur sa table pour offrir à ses voisins; malgré tout elle est toujours seule. Sourire sourire Chère Dame!

Rare est le repas qu’elle ne critique pas avec véhémence; ses voisins de table en rigolent et à la cantonade: « Nous, nous régalons, Charlotte »!!
Tout le monde sait que les personnes âgées mangent moins le soir, sauf elle!!!

Un soir: « j’ai encore faim, moi »…

Pas de problème, je la ressers et bien sûr elle se plaint à ses voisins des « petites assiettes » pour s’écouter répondre: « Pour nous c’est suffisant,mais Madame, si vous avez encore faim,  l’épicerie est sûrement encore ouverte ».

Elle tourne les talons, monte dans son studio et elle est malade dans l’ascenseur au point de ne pas aller à la cure le lendemain matin et de ne pas manger à midi!!!!

Elle a une façon un peu spéciale de commander son café à la fin du repas; c’est Maman qui est derrière le bar, elle se tourne, elle claque des doigts et « café » crie-t-elle; elle ne connaît pas « s’il vous plaît » ni « merci »….Je lui porte son café jusqu’au jour où Maman  va à sa table:

« Madame je pense que -s’il vous plaît- et -merci- existent toujours dans la langue française si cela ne vous dérange pas d’être un tout petit peu polie »…

L’ambiance est glaciale pour elle, mais ses voisins de salle applaudissent!!

Mais ce n’est pas grave, j’aime cette expérience!

J’ai laissé tout mon cercle amical mais le village est touristique donc il y a plein de belles rencontres.

J’ai un assureur « tout neuf » qui vit dans le Midi; on se parle, au téléphone, pour le professionnel; il y a un bon feeling; il vient me voir et me propose de passer mon hiver dans le Midi…Ma foi, il y a pire comme invitation…Mais ce séjour se complique…Oh je vous raconterais un jour, sûrement!!

Au tout début un de mes fils avec sa compagne et mon petit-fils qui a 3 mois viennent s’installer dans la région pour travailler avec moi…Le bonheur!

Et ma « jumelle »…Maman est là, toujours présente, à l’écoute, souriante, derrière son bar à l’accueil des clients!

Mon lieu de vie en inter saison:

Je n’habite pas sur place: en effet, l’idée de vivre, l’hiver, dans un village de 19 « anciens » ne m’a pas trop tentée; Je vis à 8km dans un village un peu plus « fourni » en habitants et avec quelques commerces;

Et puis j’y ai ma copine la pharmacienne, mon copain le p’ti boucher…L’hiver, quand ils s’ennuient dans leurs boutiques ils m’appellent et je vais faire une petite causette avec eux autour du tea.

Mon jardin vu de ma porte!!!

 Je suis un peu excentrée dans le village et cela me permet d’aller chercher mon pain, mon journal à pied très souvent sous la neige. Le pur bonheur: marcher sous la neige….Parfois je vais passer du temps avec Bertrand, le chevrier…C’est mieux l’hiver, ça  sentait moins la bique et y’a pas de mouches….4 km à pied sous la neige, les flocons, la bise sur le visage…ça requinque!!!!

Au milieu et à gauche ma voiture…L’antenne..Vous la voyez?

En fait, le village de La Bastide est situé en Lozère à 1024m d’altitude; la frontière entre la Lozère et l’Ardèche traverse le village,; donc chaque jour quand je vais travailler, je passe la frontière…

L’hiver j’ai, aussi, la compagnie des enfants de l’école primaire au dessus de laquelle j’habite; quand j’ai besoin de parler je sors et je fais un brin de causette avec les mamans qui me donnent les nouvelles du village.

L’entrée de mon garage…Y’avait de la neige en Lozère!!!

Et je rattaque pour une autre saison thermale. Tout va bien, à priori, sauf qu’au mois d’août, je tombe malade et mon toubib me dit : « tu t’arrêtes ou je t’envoie chez les « fous »….

Je ne me creuse pas la tête et je dépose le bilan pour arrêter au plus vite tout en finissant la saison avec l’aide de mon neveu, de Maman ,  de mon autre fils avec sa compagne….

Maman toujours contente de me suivre car nous avions la même passion, la cuisine, l’accueil, le partage et c’était sa manière d’être libre!

C’est ce qu’on appelle le pétage de plomb: en 2 mois je développe un kyste au sein alors que je suis surveillée de près car sujet à risque héréditaire, de l’eczéma couvre mes bras (nouveau, je ne connaissais pas cette « chose »), 3 infections urinaires coup sur coup, une hernie discale qui dure et qui dure mais avec quelques rémission.

La voiture est dans le parking, au sous-sol du restaurant; je ne conduis plus, je ne peux pas descendre l’escalier, mon fils me porte dans ses bras!

Je cuisine assise en pleurant; mes enfants  ne savent pas utiliser le terminal de carte bleue ou il est en panne, alors pour aller de la cuisine au téléphone j’avance en position assise en tenant la chaise sous mes fesses car me lever, ou m’asseoir c’est un supplice.

La voiture qui est dans le parking, au sous-sol du restaurant; Je ne conduis plus, je ne peux pas descendre l’escalier, mon fils me porte dans ses bras!

La saison se termine, tout le monde s’en va, je m’enferme seule chez moi!

Je ne veux pas me faire opérer car je sais de par ma formation (podologue) que cela peut mal se passer….

Je suis piquée de partout avec des anti-inflammatoires; je tente de résister!!!

Je me pique toute seule quand les infirmières ne peuvent pas venir tôt le matin; ce n’est pas malin, car se piquer la fesse sans toucher le nerf sciatique c’est de l’acrobatie;

Je marche à 4 pattes, je ne peux pas m’habiller seule, je mange debout, j’écris debout sur ma table à repasser et le reste du temps je vis dans mon lit. Je vis au rythme des rémissions,  pour m’acheter à manger.

J’ai, juste, été malade pendant 9 mois pour finir par une opération de hernie discale en avril 1997…C’est tout simple !!!  

Bon, je vous rassure tout s’est bien passé, je ne suis pas handicapée mais j’ai été très prudente à ma sortie du centre de ré-éducation.

A suivre pour un nouvel épisode….

Si cela vous plait, merci partager..

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